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18.05.2006

mal aux fleurs

Bulletin d’humeur : un temps qui ne vaut rien à la floraison     

 

Ami lecteur,

Je ne savais pas. Personne ne m’avait rien dit ; comment aurais-je pu savoir ?

Oh, je te connais, ami lecteur. Tu as horreur que l’on vienne se traîner à tes pieds pour quémander ta compassion. Tu exècres les mielleux qui viennent te baver leurs pleurnicheries sucrées dans les cornets à sonotones. Tu vas me dire : ’’Tu n’avais qu’à te renseigner. Tout ce qui t’arrive est le fait de ta seule faute. C’était à toi, de faire plus attention. Moi, c’est pas mon boulot de te mettre en garde en permanence contre tous les dangers qui menacent ta petite tranquillité.’’

 

 

Ah ! Intraitable lecteur ! Ton intransigeance t’honore en même temps qu’elle te rend détestable à mes yeux ! Te voir si plein d’inflexibilité me remplit d’une fierté dont je n’aurais jamais cru le prix si cruel ! Car je sais, en mon for intérieur, combien tu as raison. Il y avait effectivement eu des signes, des stigmates, que j’aurais dû prendre comme des avertissements. Hélas ! Je n’en ai rien fait, et me voici aujourd’hui, me présentant devant toi effondré, dévasté, réduit à moins que ma propre ombre.

Si seulement j’avais prêté attention aux signes ! Cette double soirée, le 6 mai dernier, sa présence ubique à la fois sur TF1 et FRANCE 2, sur la même tranche horaire ! C’était quand même gros, comme avertissement ! Cette apparition impromptue, la semaine dernière, en tant qu’invité du 20 heures de FRANCE 2 ! Et cette interview, donnée à TELELOISIRS au début du mois de mai ! Sa photo apparaissait quand même en couverture, accompagnée de la phrase entre guillemets suivante, ce qui laissait à penser qu’elle était bel et bien de lui : ’’J’ai failli tout arrêter.’’ Ça aussi, c’était quand même fort, comme signe ! J’aurais dû comprendre ce que cette déclaration impliquait : s’il avait seulement failli arrêter, c’est qu’en fait, il avait continué ! Voire : il avait remis ça !

Mais non, penses-tu ! Rien ! Je n’ai rien vu venir !

Et hier soir, bam ! Ça m’est arrivé en pleine figure, au détour d’une coupure pub au beau milieu de la ’’Nouvelle Star’’ : ’’Pascal Obispo, nouvel album : Les Fleurs Du Bien’’.

La nouvelle m’a terrassé. Prostré sur moi-même, incapable de réaliser ce qui m’arrivait, je ne me suis rendu compte que j’avais laisse tomber ma cigarette sur mon pied que lorsque ma copine m’a interpellé depuis le bout du lit : ’’Dis, tu sens pas comme une odeur de viande grillée ?’’

LES FLEURS DU BIEN !!! Pardonne-moi, ami lecteur, ce recours, auquel je répugne habituellement, au triple point d’exclamation, mais il me faut bien poser la question : non mais il va pas bien, ou quoi ? Mais qu’est-ce que nous lui avons fait, pour qu’il s’acharne sur nous de la sorte ? Et surtout : quel grief a-t-il contre Charles Baudelaire ?

C’est complètement hallucinant, que personne dans les medias ne lui soit encore rentré dedans à ce sujet : Charles Baudelaire, Pascal Obispo, ça ne choque personne ? Léo Ferré a chanté Baudelaire, Pascal Obispo se l’approprie et le détourne, ça non plus, ça ne fait moufter personne ? A moins qu’il ne faille prendre cette opposition au premier degré, comme un aveu disant : Pascal Obispo est le contraire exact de Charles Baudelaire, son parfait opposé, son négatif ; auquel cas, bon, hormis le fait que ce soit encore lui accorder beaucoup (trop) d’importance, ça peut passer…

’’Oh, foutez-lui la paix, à Pascal ! Vous ne voulez pas comprendre, c’est un artiste vachement sensible !’’, s’indigneront certains, avant de poursuivre dans la même veine : ’’De toutes façons, dans ce pays, c’est toujours la même chose, la réussite dérange !’’

Hé hé, effectivement, on l’entend souvent, celle-là, ces temps-ci : je l’ai lue attribuée à PPDA dans le magazine EPOK dont je faisais la critique dans mon article intitulé ’’De la culture et du divertissement’’ daté du 6 mai 2006 ; on a pu la retrouver, grâce à Cauet cette fois, dans le numéro de TELELOISIRS que j’évoque un peu plus haut dans cet article (‘’J’emmerde les critiques. Moi, je bosse. Les gens qui ont les deux pieds derrière le bureau, qui n’ont jamais bougé leur cul et rien créé depuis quinze ans, ils disent ce qu’ils veulent. Moi j’adore faire ce que d’autres n’ont jamais fait, et puis j’aime bien être quelqu’un qui dérange.’’) ; Jacques Chirac nous l’a resservie encore une fois la semaine dernière à propos de son compte mal caché au Japon…

Mettons donc les choses au clair une bonne fois pour toutes si tu le veux bien, ami lecteur : ce n’est pas le succès, qui dérange ; c’est l’indigence et la malhonnêteté manifeste de ceux qui réussissent !

17.05.2006

Le meilleur ami de l'homme

Bulletin d’humeur : Naze. Juste naze.   

 

    Ami lecteur,

 

Quel message les médias cherchaient-ils donc à nous faire passer quand ils nous livrèrent au début du mois de mai l’odieuse nouvelle de l’éviscération d’une quinzaine de chiens à des fins toxicomanes en marge du tecknival de Chavannes ? Je me pose, et te la pose par la même occasion, la question.

L’affaire commence le 4 mai 2006, avec cette affirmation du PARISIEN (un grand nom de la presse d’investigation nationale, n’en doutons plus) : on a retrouvé sur le site de Chavannes, dans le Cher, où venait de se dérouler une rave-party en marge du Printemps de Bourges, une quinzaine de cadavres de chiens ; ces chiens ont été éventrés par leurs maîtres, qui voulaient ainsi récupérer la drogue qu’ils avaient dissimulée dans leurs estomacs. Les monstres n’ont même pas eu la patience d’attendre que leurs malheureux serviteurs quadrupèdes la leur restituent par des voies naturelles.

’’Oh ! Sainte Mère de Dieu, mais quelle horreur !’’, tel fut le cri qui s’éleva depuis des milliers, des millions de foyers à tout le pays. ’’Mais comment des êtres humains peuvent-ils en arriver là ? Comment peut-on même en concevoir ne serait-ce que l’idée ? Tu ne vas pas me dire : seul un dangereux sociopathe serait à même de se l’extraire du cerveau reptilien, celle-là, non ?’’

Là-dessus, comme de bien entendu, la machine médiatique s’emballe ; la nouvelle est reprise à droite à gauche, au conditionnel sur FRANCE-INFO, à l’indicatif sur TF1 par Jean-Pierre Pernault (’’Qui d’autre ?’’, me demanderas-tu, ami lecteur), sur CANAL +, sur LCI… On nous dit que cela faisait déjà quelques jours, autour des champs de Chavannes, que le bruit courait selon lequel des dealers arrivaient sur place avec des chiens lestés de drogue. On nous dit que la pratique est courante, que les pompiers et les gendarmes étaient au courant de tout…

Parallèlement, on apprend que deux personnes seraient décédées des suites d’une overdose, et c’est déjà plus qu’il n’en fallait pour qu’émergent ça et là pendant les JT nationaux des sujets traitant, pêle-mêle, des dangers que représentent les raves et autres free parties, présentées comme des foires à la toxicomanie ; des nuisances qu’elles provoquent pour les pauvres riverains qui n’ont jamais rien demandé à personne, sinon le droit de jouir de la paisible ruralité de leurs contrées en toute tranquillité ; des vipères locales rendues folles par les décibels, risquant de piquer les ravers inconscients ; de cette technique dite ’’du mulet’’ consistant à ingurgiter ou faire ingurgiter à son chien des capsules contenant des stupéfiants afin d’échapper aux fouilles, dont on nous dit qu’elle est pratiquée depuis longtemps par les trafiquants…

Problème : seule la mort de Laetitia, une jeune fille de 22 ans, décédée d'une overdose, a pu être établie ; contrairement à ce qui a pu être dit, il n'y a jamais eu de second mort. Pas plus que de chiens éventrés : ni la mairie de Chavannes, ni les gendarmes, ni le responsable des pompiers vétérinaires dépêchés spécialement sur le site pendant la rave, ni la Direction Départementale des Services Vétérinaires ne confirment la présence de cadavres de chiens sur le site du tecknival. La société SITA, à Orval près de Saint-Amand, qui a fourni les bennes où l'on aurait retrouvé les cadavres des animaux, et qui a assuré le nettoyage du site, dément avoir trouvé quoi que ce soit ressemblant à des chiens dans ses bennes. Personne n'a rien vu, pas même à la Direction Départementale de l'Equipement, qui a supervisé le nettoyage. Un cadavre de chien a bien été retrouvé, dimanche 31 avril au matin, sur le bord d'une route adjacente menant au village de Saint-Loup, mais le chien avait été non pas éventré, mais renversé par un véhicule.

Toute cette histoire relève donc du pur fantasme, c’est un fait avéré, jusqu'à l’anecdote concernant les vipères tarées : les pompiers, qui ont assuré les permanences sanitaires sur place, ne se rappellent pas avoir eu recours à la moindre goutte de sérum antivenin. Pourtant, à ma connaissance, seule FRANCE-INFO a fait amende honorable en produisant à l’antenne un rectificatif sur cette affaire.

Ce qui me ramène à ma question de départ : quel message, important au point qu’on se refuse à apporter à cette sombre histoire le démenti qu’on serait en droit d’attendre de nos medias d’information, cherchait-on à nous faire passer en nous livrant cette fausse information ? Oh, bien entendu, il n’y a peut-être pas de message, tout simplement. Le bon fonctionnement de la machine médiatique repose sur deux piliers : sa capacité à produire de l’information, ou plutôt : des ’’sujets’’ ; la confiance dont la crédite son audience, ladite confiance étant supposément directement corrélée à l’importance de cette même audience… Ainsi toute cette histoire pourrait n’être qu’une double illustration, d’une part de ce besoin maladif des médias de produire des ’’sujets’’, et, à travers son non-démenti, du besoin de confiance de ces mêmes medias d’autre part.

Du vide, rien de plus.

Pour autant, le discours des médias à propos du tecknival (et des tecknivals de manière générale) n’était pas neutre, loin s’en faut. Ce qui fait naître en mon esprit la théorie suivante, ami lecteur, que je m’en vais te soumettre de ce pas. Je me dis, ça fait tout de même un moment qu’on en entend parler, de ces tecknivals. Il y en a deux ou trois gros par an, si ce n’est plus, et à chaque fois, c’est la même rengaine qu’on nous ressert : les dealers, les OD, le mécontentement des riverains, les mises en garde des pompiers et des permanents des services de premiers secours… Or en définitive, me semble-t-il, ça se passe toujours sans trop de remous. Quelques accidents, bien entendu, quelques morts, même, à l’occasion, mais force est de constater que les tecknivals ne suscitent plus l’inquiétude du Grand Public comme ils le firent naguère, il n’y a pas si longtemps. Si je me fie pour cela à mon étalon personnel en matière d’opinion publique (à savoir, ma môman) je dirais même que les gens s’y sont en quelques sortes habitués. Ils ont développé à l’égard des tecknivals une certaine tolérance, qu’est venu sévèrement compromettre toute cette histoire de chiens sauvagement éviscérés. Dans un tel contexte de relâchement, cette défiance nouvellement ravivée à l’égard des tecknivals semble tomber à pic, en ceci qu’elle sert d’une part les intérêts des médias d’information, qui pourront ainsi continuer à produire des ’’sujets’’ sur le dos des tecknivaliers, et la frange la plus sécuritariste de l’échiquier politique d’autre part, qui voit ses propositions appuyées par l’actualité en ces temps de campagne…

Mais que dis-je ? Oh, je suis parano : j’ai sans doute ingurgité quelque chose qui ne passe pas…

Oeil pour oeil

Bulletin d’humeur : D comme désemparement et déprime désespérée.

 

  

 

   

 

Ami lecteur,

 

 

L’homme est blême. Son regard trouble papillonne entre les différents journalistes, éclairagistes, cameramen et techniciens du son venus recueillir sa parole. Il s’apprête à la prendre. La France est suspendue à ses lèvres.

 

 

Ce n’est pourtant personne. Cet homme ne pèse rien sur l’échiquier politique. Il n’a aucune emprise sur les ouvriers salariés de l’usine située à côté de chez lui. Son pouvoir d’achat ne dépasse pas de beaucoup celui d’un smicard. C’est ton voisin de palier. Le type que tu croises tous les matins au bureau de tabac, au coin de la rue. Ce n’est personne.

 

 

Et pourtant, la France est suspendue à ses lèvres.

 

 

Elle ne connaît son visage que depuis quelques jours, à cet homme, mais déjà elle se sent proche tellement proche de lui. Elle a l’impression de le connaître depuis toujours. Elle a partagé son angoisse des derniers jours, et partage à présent son effarement.

 

 

Lui, c’est le père de la petite Melissa, la fillette assassinée dans les Bouches-Du-Rhône le week-end dernier. Et devant les caméras du vingt heures de TF1, devant les caméras de la rédaction du journal de FRANCE 2, devant les micros tendus vers lui, cet homme ravagé en a appelé à la loi du Talion et au rétablissement de la peine de mort.

 

 

Oh, bien entendu, tout le monde peut se mettre à sa place : tout être humain normalement constitué – j’entends par là, constitué selon la norme – serait submergé par le désir de vengeance en de telles circonstances. Du reste, c’est bien la situation dans laquelle sa famille est plongée qui dicte sa réaction.

 

 

Mais que l’on ne vienne pas me dire que diffuser cette réaction d’un père de famille démoli par la perte de son enfant dans les circonstances les plus abjectes qui soient, à l’attention de plus de 10 millions de téléspectateurs, en ces temps plus que troublés politiquement où les idées les plus réactionnaires deviennent limite présidentiables, n’est pas tout simplement parfaitement irresponsable. C’est vrai dans le cas de TF1, ça l’est plus encore dans le cas du service public.

 

 

’’C’est sûr, y a d’l’émotion Coco, ça serait dommage de s’en priver.’’

 

 

Honte à vous, les mecs ! Vous avez beau jeu de commémorer l’abolition de la peine de mort, de pointer du doigt les vilains ricanas avec leur méchante chaise électrique et leurs chambres à gaz toutes pourries, si c’est pour vous faire l’écho de cris haineux, poussés sous le coup de l’horreur, qui vont dans le sens des idées les plus préjudiciables à la démocratie qui soient.

 

 

’’Oh, regarde, c’est le voisin à la télévision. Le pauvre, on lui a tué sa fillette.’’ ’’Oh, c’est horrible, le malheureux. Je le connais, je le croise tous les matins au coin de la rue.’’ ’’Ouais, tu m’étonnes, il a raison, y a des gens, tu peux rien pour eux, tout ce qu’il faut, c’est tous les tuer.’’ ’’Ouais, s’en débarrasser, de tous ces tordus.’’

 

 

Ce serait pourtant le rôle du service public, que de rappeler que la Justice ne doit pas tuer, et de taire ce genre de discours, dangereux pour le maintien des fondations de notre société.

 

 

’’Mais merde, y a d’l’émotion Coco, ça serait dommage de s’en priver.’’

 

 
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