La une des lecteursTous les blogsles top listes
Envoyer ce blog à un amiAvertir le modérateur

17.05.2006

Oeil pour oeil

Bulletin d’humeur : D comme désemparement et déprime désespérée.

 

  

 

   

 

Ami lecteur,

 

 

L’homme est blême. Son regard trouble papillonne entre les différents journalistes, éclairagistes, cameramen et techniciens du son venus recueillir sa parole. Il s’apprête à la prendre. La France est suspendue à ses lèvres.

 

 

Ce n’est pourtant personne. Cet homme ne pèse rien sur l’échiquier politique. Il n’a aucune emprise sur les ouvriers salariés de l’usine située à côté de chez lui. Son pouvoir d’achat ne dépasse pas de beaucoup celui d’un smicard. C’est ton voisin de palier. Le type que tu croises tous les matins au bureau de tabac, au coin de la rue. Ce n’est personne.

 

 

Et pourtant, la France est suspendue à ses lèvres.

 

 

Elle ne connaît son visage que depuis quelques jours, à cet homme, mais déjà elle se sent proche tellement proche de lui. Elle a l’impression de le connaître depuis toujours. Elle a partagé son angoisse des derniers jours, et partage à présent son effarement.

 

 

Lui, c’est le père de la petite Melissa, la fillette assassinée dans les Bouches-Du-Rhône le week-end dernier. Et devant les caméras du vingt heures de TF1, devant les caméras de la rédaction du journal de FRANCE 2, devant les micros tendus vers lui, cet homme ravagé en a appelé à la loi du Talion et au rétablissement de la peine de mort.

 

 

Oh, bien entendu, tout le monde peut se mettre à sa place : tout être humain normalement constitué – j’entends par là, constitué selon la norme – serait submergé par le désir de vengeance en de telles circonstances. Du reste, c’est bien la situation dans laquelle sa famille est plongée qui dicte sa réaction.

 

 

Mais que l’on ne vienne pas me dire que diffuser cette réaction d’un père de famille démoli par la perte de son enfant dans les circonstances les plus abjectes qui soient, à l’attention de plus de 10 millions de téléspectateurs, en ces temps plus que troublés politiquement où les idées les plus réactionnaires deviennent limite présidentiables, n’est pas tout simplement parfaitement irresponsable. C’est vrai dans le cas de TF1, ça l’est plus encore dans le cas du service public.

 

 

’’C’est sûr, y a d’l’émotion Coco, ça serait dommage de s’en priver.’’

 

 

Honte à vous, les mecs ! Vous avez beau jeu de commémorer l’abolition de la peine de mort, de pointer du doigt les vilains ricanas avec leur méchante chaise électrique et leurs chambres à gaz toutes pourries, si c’est pour vous faire l’écho de cris haineux, poussés sous le coup de l’horreur, qui vont dans le sens des idées les plus préjudiciables à la démocratie qui soient.

 

 

’’Oh, regarde, c’est le voisin à la télévision. Le pauvre, on lui a tué sa fillette.’’ ’’Oh, c’est horrible, le malheureux. Je le connais, je le croise tous les matins au coin de la rue.’’ ’’Ouais, tu m’étonnes, il a raison, y a des gens, tu peux rien pour eux, tout ce qu’il faut, c’est tous les tuer.’’ ’’Ouais, s’en débarrasser, de tous ces tordus.’’

 

 

Ce serait pourtant le rôle du service public, que de rappeler que la Justice ne doit pas tuer, et de taire ce genre de discours, dangereux pour le maintien des fondations de notre société.

 

 

’’Mais merde, y a d’l’émotion Coco, ça serait dommage de s’en priver.’’

 

Les commentaires sont fermés.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu